Le papier - un produit de tous les jours, qui fait tant partie de notre vie quotidienne mais dont nous ne savons presque rien.
Les premières civilisations confiaient leurs histoires aux parois des cavernes par moyen de dessins racontant la vie de l'époque; les animaux chassés, les guerriers et autres, mais l'histoire se transmettait de génération en génération par les poèmes et les contes. Il a fallu attendre le développement de la civilisation du Moyen-Orient pour retrouver les premières traces d'un moyen portable d'inscrire et d'enregistrer l'information. En effet, les Egyptiens ont utilisé le papyrus. Ce fut un habile tissage de lames de roseaux entrelacés et trempés, ensuite battu avec des pierres pour bien mélanger les fibres et donner une surface plus ou moins lisse. Ce fut un produit de luxe et réservé principalement à l'administration pharaonique. Le secret de la fabrication fut perdu pendant presque deux mille ans avant d'être redécouverte vers la fin du 20ième siècle de notre ère.

Pour tout autre travail d'écriture, on avait recours à des tablettes, soit de cire soit d'argile. Ce fut des matières moins nobles, moins résistantes, réutilisables mais aussi moins pratiques. On utilisa aussi le velum, peau tannée de moutons ou de chèvres - mais là encore, le produit était coûteux et donc réservé à une certaine élite.

Généralement, on attribue l'invention du papier à un prince chinois, nommé Tsai Lun, qui développa un procédé assez proche du papyrus mais en utilisant l'écorce de mûrier. Ce papier fut gardé jalousement secret pendant de nombreux siècles, mais l'ouverture du marché de la soie vers l'occident a fourni le chemin par lequel le secret fut progressivement répandu.

Le mûrier n'étant pas un arbre que l'on trouva en quantités en Asie occidentale, on s'efforça de trouver d'autres matières fibreuses, dont le coton.

Les premières papeteries en Europe datent très précisément de 1292 et 1293. En 1292 ce furent des musulmans qui vinrent établir une papeterie dans la ville d'Amalfi, situé au sud de Naples, et à l'ouest de Salerno, à l'époque une des cinq grandes puissances navales de la Péninsule. En 1293, ce furent des immigrés juifs qui débarquèrent à Ancône, sur la côte est de l'Italie, et qui montèrent à l'intérieur des terres pour se protéger des pirates, pour aller s'installer à Fabriano, à mi-chemin entre Ancône et Pérouse.

De nos jours, il existe encore une petite papeterie à Amalfi, produisant du papier à l'ancienne, tandis qu'à Fabriano il existe une très importante usine qui fabrique du papier pour billets de banque, des papiers d'artiste et des papiers de bureau.

Après l'installation de ces deux papeteries en Italie, cet art est venu se développer en Espagne et en France, sous l'impulsion de la colonisation par les Maures.

Comme matière première, on s'est surtout concentré sur le coton qui se prête magnifiquement à la fabrication du papier. Les fibres sont longues et très résistantes mécaniquement. Elles sont très pures en cellulose, elles sont très blanches et le coton pousse facilement dans un climat tempéré. Le seul inconvénient est que le coton est cher, ce qui fait que le papier restait toujours un produit de luxe, réservé surtout à l'administration et à l'église. De toute façon, le peuple n'était pas censé lire ni écrire, donc pouvait bien se contenter d'écouter et d'obéir !

La presse de Gutenberg fit en sorte que la consommation de papier augmenta de façon très importante et, afin d'assurer une continuité d'approvisionnement, les papetiers eurent recours à l'utilisation de vieux chiffons. Autre avantage des chiffons fut un coût inférieur au coton vierge, ce qui contribua à banaliser en quelque sorte le papier. En somme, ce ne fut pas que le coton qui convenait au papier; on pouvait tout aussi bien utiliser le lin, le chanvre et d'autres plantes végétales similaires. L'important était d'avoir des fibres qui se liaient sous l'éffet de la fibrillation (action de créer des petits "poils" qui s'accrochent entre eux) et une surface qui pouvait recevoir l'encre. Les chiffons sont restés une des matières premières de la papeterie jusque dans les années 1960, époque à laquelle l'utilisation de mélanges de fibres synthétiques rendait la chose impossible.

Le développement culturel de la masse ouvrière et l'essor des auteurs, créa une demande en croissance constante et foudroyante pour le papier, à un tel point qu'il ne fut plus possible de répondre à la demande avec uniquement des fibres végétales. La solution fut trouvée non par l'homme mais par la guêpe. Celle-ci adore consommer du bois en extrayant les sucres. Le système digestif de la guêpe sépare la résine et le sucre de la cellulose, laquelle est expulsée, servant surtout à faire des nids. Au 19ième siècle, des savants ont réussi a reproduire la chimie digestive de la guêpe et ont réussi à fabriquer de la cellulose à partir du bois.

Ce fut le début de la papeterie moderne