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RÉCUPÉRATION ET RECYCLAGE DU PAPIER
Les quantités énormes de papier consommées dans les pays industriels font en sorte que le papier est placé très haut dans la liste des importations de tous les pays non-producteurs. Par exemple, il fut un temps où les produits forestiers n’étaient précédés que par le pétrole dans la liste des importations en France, et cela en dépit des réserves forestières des Ardennes, des Vosges et des Landes. Il est donc parfaitement logique que l’on cherche à valoriser les vieux papiers, non seulement pour modérer la consommation de bois frais mais aussi pour diminuer les dépenses à l’extérieur du pays.
Il n’est pas difficile de générer des vieux papiers. Tous les jours, nous jetons des journaux, des magazines, des emballages, des mouchoirs, des photocopies, des catalogues, de la publicité. Statistiquement, les Suisses consomment environ 750 grammes de papier par jour et par habitant – c’est énorme ! Que peut-on en faire ?
Malheureusement, la solution n’est pas simple. Il y a bien certaines qualités de carton ou de papier que l’on peut produire avec n’importe quel mélange fibreux. En général, l’utilisation finale est l’emballage industriel. Par contre, pour la production de papiers destinés à l’impression ou au papier hygiénique, on n’utilise que des papiers blancs, la source principale étant des papiers de bureaux. Si les grandes sociétés génèrent des quantités intéressantes tous les jours, cela n’est pas vrai des PME. On est obligé de séparer le papier des autres ordures ménagères mais il n’y a aucune obligation de trier les papiers et cartons par qualité. Même ceux qui se donnent le mal de le faire voient leurs effort mal récompensés lors du passage de la benne municipale qui charge tous les cartons et papiers en vrac.
La collecte, le tri manuel, le conditionnement en balles, le stockage et la livraison des vieux papiers sont des opérations coûteuses et le marché est nécessairement dans les mains de quelques sociétés car il faut du volume pour que cela soit rentable. Aussi le prix des vieux papiers est étroitement lié à celui des pâtes vierges, donc dépendante de l’offre et de la demande. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le commerce des vieux papiers n’est pas du tout local, car la demande est mondiale. On pense surtout aux Indes, très grands consommateurs de papier mais cherchant à en abaisser les coûts de production par tous les moyens possibles. On voit donc de très importants chargements de vieux papiers partir à destinations des ports indiens depuis les ports européens.
La Suisse est championne de la récupération des vieux papiers. Avec une consommation annuelle de l’ordre de 1,4 millions de tonnes de papier et de carton, la Suisse réussit à en récupérer au-delà des 65%. Une grande partie est consommée par les papeteries suisses, notamment pour la fabrication de papier journal, de papier magazine et de carton d’emballage industriel, mais la Suisse est aussi exportatrice, notamment vers l’Allemagne et l’Italie. L’Italie est elle-même acheteuse et vendeuse de vieux papier, mais tout dernièrement, l’exportation a été interdite.
Le stockage des vieux papiers est soumis à une législation sévère. La tendance du papier de pourrir après avoir été exposé à l’humidité oblige les grossistes à ne pas dépasser un certain temps de stockage, après quoi, la marchandise doit être soit vendue, soit détruite. Les fluctuations d’offre et de demande font que les prix de certaines catégories de vieux papiers sont en effervescence perpétuelle, devenant un risque spéculatif pour les grossistes.
Si nous prenons l’exemple des vieux papiers de bureaux, on peut voir que la situation est tout sauf simple. Connaissant la faim insatiable des Français pour la communication écrite, on penserait que la ville de Paris serait une source énorme de papier blanc en provenance des bureaux. Hélas, si la matière première est abondante, la collecte des vieux papiers n’est pas sophistiquée ni bien organisée. La responsabilité écologique corporative n’existe pas encore, donc les vieux papiers sont mélangés avec les autres détritus, rendant leur récupération difficile et hors prix. A quelques kilomètres de Paris se trouve la plus grosse usine de pâte marchande recyclée d’Europe mais pour satisfaire à ses besoins, elle se voit obligée d’importer des vieux papiers depuis le Benelux et même des Etats-Unis. En somme, la demande pour ces qualités dépasse de loin l’offre, donc certains sont obligés d’aller chercher ailleurs.
Dans le temps, à l’époque du régime communiste, les citoyens de la République Démocratique Allemande étaient encouragés à collectionner les vieux papiers, ce qui permettait au pays de faire de sérieuses économies à l’importation de matières premières. Le papier déposé aux centres de collectes était payé selon la qualité – autant pour le carton ondulé, autant pour le journal, autant pour le papier blanc. Du fait, chacun triait le papier chez soi pour en obtenir le bénéfice maximum et tout le monde était gagnant. Peut-être, si l’on pouvait instaurer un système similaire en Suisse et dans les autres pays européens, nous en verrions aussi des avantages.
Le recyclage des vieux papiers est une affaire compliquée. La construction de l’usine est très coûteuse et ceci se traduit dans le prix de revient du produit fini car la capacité d’une telle usine est limitée par la disponibilité de la matière première. Ensuite, l’usine est très gourmande en consommation d’énergie et, contrairement à une usine de pâte classique, il n’y a pas de surplus à vendre, ni en somme aucune autonomie énergétique.
Le papier est broyé pour le désintégrer ; des produits chimiques y sont introduits afin de séparer les fibres des encres d’impression ou du toner des photocopies. En plus, on doit faire face à un élément très perturbateur qui est l’adhésif autocollant. Aussi pratique qu’il peut être dans la vie courante, il est totalement inadmissible en papeterie car il s’attache aux cylindres de séchage de la machine à papier et fait des trous dans la feuille de papier. Il faut donc l’éliminer entièrement et cela se fait difficilement.
En même temps que la libération des fibres, ce procédé sépare les métaux lourds contenus dans les encres ainsi que le kaolin des papiers couchés. Les métaux lourds sont une source potentielle d’empoisonnement de l’environnement et la seule vraie manière de diminuer leur potentiel est de les incinérer. Par contre, la « boue » constituée de kaolin et d’autres matières peut servir à la fabrication de briques ou même servir de chape pour recouvrir les lieux d’entreposage des ordures, permettant ainsi à y superposer de la terre et de rendre le terrain apte à l’agriculture, tout en empêchant la remontée de toute matière offensive.
Pratiquement toutes les usines de pâtes recyclées de marché connaissent des difficultés financières. Tout d’abord, l’investissement initial est onéreux et la technique du recyclage lui-même est loin d’être une science exacte. On peut s’approcher de la perfection mais en y mettant le prix, ce qui rend les coûts de l’opération encore plus tendus. En somme, dans plusieurs exemples, il serait nécessaire de vendre le produit à un prix encore plus élevé que celui de la pâte vierge. Cela est parfois possible lorsque l’on fournit des papeteries qui parviennent à se développer un marché pour le papier recyclé. Par exemple, beaucoup d’administrations, notamment aux Etats-Unis, obligent leurs départements à n’utiliser que du papier recyclé. Ce papier revient souvent plus cher à l’achat que du papier « normal ». En Suisse, beaucoup d’administrations et d’ONG ont recours au papier grisâtre recyclé. En somme, la qualité des pâtes recyclées est telle que certaines papeteries sont obligées d’ajouter des colorants pour abaisser la blancheur au niveau voulu !
Malheureusement, la pâte recyclée ne représente pas une solution polyvalente. Les fibres de cellulose sont déformées lors de la première fabrication de papier ; ensuite, les divers traitements nécessaires pour désintégrer les fibres à nouveau pour en refaire de la pâte, affaiblissent les résistances mécaniques. Il est donc pratiquement toujours nécessaire d’y ajouter de la pâte vierge pour assurer une solidité suffisante pour que le papier puisse passer en imprimerie ou en transformation.

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